Références philosophiques

Définitions et distinctions conceptuelles

La technique au sens général recouvre :

  • les productions techniques : outils, instruments, machines, objets divers,
  • ainsi que l’activité technique : c’est-à-dire la capacité humaine à inventer, fabriquer et améliorer, ce qui permet d’agir efficacement sur le monde.

Définition d’Aristote de la technique :

La technique est une disposition à produire, accompagnée de règles.

Elle suppose donc à la fois un savoir-faire méthodique et une finalité pratique, orientée vers la production d’objets utiles.

Carte mentale du concept de technique 

Technique : ensemble des procédés, savoir-faire et moyens organisés permettant d’atteindre efficacement une fin. Le terme peut désigner à la fois une activité — fabriquer, construire, transformer — et les objets issus de cette activité : outils, machines, instruments, dispositifs. La technique suppose des règles et un savoir-faire transmissible : elle ne se réduit donc ni à l’instinct ni à une simple habileté spontanée.

Objet technique : objet fabriqué ou transformé intentionnellement par l’être humain en vue d’une fonction déterminée. Un marteau, une roue, une prothèse ou un ordinateur sont des objets techniques. Ils se distinguent ainsi des objets naturels par leur origine et par la fonction pour laquelle ils ont été conçus.

Savoir-faire : capacité pratique à réaliser efficacement une action en maîtrisant certains gestes, procédés ou règles. Le savoir-faire s’acquiert notamment par l’apprentissage, l’exercice et l’expérience. Il se distingue ainsi du savoir purement théorique : savoir comment fonctionne un moteur ne signifie pas nécessairement savoir le réparer.

Homo faber : expression qui caractérise l’être humain comme un être fabricateur. L’être humain ne se contente pas de s’adapter biologiquement à son environnement : il fabrique des outils qui lui permettent de transformer celui-ci en fonction de ses besoins et de ses projets. La technique peut ainsi être considérée comme une dimension fondamentale de l’existence humaine.

Travail : activité consciente par laquelle l’être humain, au prix d’un effort physique ou intellectuel, transforme le monde afin de produire un résultat. Le travail peut notamment consister à produire des biens ou des services et constitue également une activité socialement organisée.

Science : activité visant à produire une connaissance rationnelle et méthodique du réel. Alors que la science cherche d’abord à connaître et à expliquer les phénomènes, la technique cherche principalement à agir sur eux et à produire certains effets.

Nature : au sens qui intéresse ici la réflexion sur la technique, ensemble de ce qui existe et se produit indépendamment de l’intervention humaine. Elle s’oppose alors à l’artificiel, qui désigne ce que l’être humain produit ou transforme intentionnellement.

Artificiel : ce qui résulte de l’intervention et de la fabrication humaines, par opposition à ce qui existe naturellement. Artificiel ne signifie cependant pas nécessairement mauvais ou « contre nature ».

La technique et le travail 

Les deux notions sont liées mais ne se confondent pas.

La technique désigne principalement les moyens et procédés efficaces permettant d’atteindre une fin. Elle répond à la question : comment faire ?

Le travail désigne une activité de transformation impliquant un effort physique ou intellectuel. Il peut utiliser des techniques, mais toute activité technique n’est pas nécessairement un travail au sens professionnel ou économique du terme.

La technique peut également transformer le travail lui-même : les outils et les machines modifient ce que le travailleur peut produire, la manière dont il le produit et l’effort nécessaire pour le faire.

La technique et la science

La science vise principalement la connaissance du réel : elle cherche à comprendre les phénomènes, à établir leurs causes ou les lois qui les régissent.

La technique vise principalement l’action efficace sur le réel : elle cherche à produire un résultat.

On peut donc schématiquement distinguer :

science → connaître et expliquer
technique → agir et produire

Cependant, science et technique entretiennent des rapports étroits. Une connaissance scientifique peut permettre de développer de nouvelles techniques : connaître les propriétés de l’électricité permet de fabriquer des moteurs ou des ordinateurs. Inversement, les progrès techniques permettent le développement de la science : télescopes, microscopes ou accélérateurs de particules rendent possibles de nouvelles observations.

Le savoir et le savoir-faire

Le savoir relève principalement de la connaissance : savoir qu’une chose est vraie ou comprendre comment elle fonctionne.

Le savoir-faire relève de la capacité pratique : savoir comment réaliser une action.

Il est donc possible de posséder un savoir sans posséder le savoir-faire correspondant. On peut connaître parfaitement les règles permettant de conduire une voiture sans savoir réellement conduire.

Cette distinction permet de comprendre pourquoi la technique ne peut pas être réduite à la science : maîtriser une technique suppose une compétence pratique.

La technique et la nature

La nature désigne ici ce qui existe indépendamment de l’intervention humaine. La technique, au contraire, transforme ce donné naturel en fonction des besoins et des projets humains.

L’être humain transforme par exemple la pierre en outil, le bois en maison, une rivière en source d’énergie ou certaines substances naturelles en médicaments.

La technique manifeste donc une capacité propre à l’être humain : au lieu de seulement s’adapter à son environnement, il transforme son environnement pour l’adapter à lui-même.

Est naturel ce qui existe ou se produit indépendamment d’une fabrication humaine.

Est artificiel ce qui résulte d’une intervention humaine intentionnelle.

Mais cette opposition soulève une difficulté : si l’être humain appartient lui-même à la nature, pourquoi ses productions seraient-elles absolument étrangères à la nature ?

La technique peut ainsi être pensée de deux manières :

  • comme une opposition à la nature, puisqu’elle transforme ce qui est naturellement donné ;
  • comme un prolongement de la nature humaine, puisque la capacité de fabriquer des outils appartient elle-même à l’être humain.